Nue-propriété

Mis à jour le 23/08/2026 · 8 min · Auteur : La Rédaction

Usufruit : définition, droits et obligations de l’usufruitier

L'usufruit permet d'utiliser un bien et d'en percevoir les revenus sans en avoir la pleine propriété. Voici en clair les droits et les obligations de l'usufruitier, la répartition des travaux avec le nu-propriétaire et la manière dont l'usufruit prend fin.

Usufruit : définition, droits et obligations de l’usufruitier

  • L’usufruit est le droit d’utiliser un bien et d’en percevoir les revenus (l’usus et le fructus) sans en être pleinement propriétaire.
  • L’usufruitier peut habiter le logement ou le louer et encaisser les loyers mais ne peut pas le vendre seul.
  • Il doit entretenir le bien et régler les réparations d’entretien ; les grosses réparations restent à la charge du nu-propriétaire (articles 605 et 606 du Code civil).
  • L’usufruit s’éteint le plus souvent au décès de l’usufruitier ou au terme fixé : la pleine propriété se reconstitue alors automatiquement.
  • Trois notions à ne pas confondre : l’usufruit, la nue-propriété et la pleine propriété.

Qu’est-ce que l’usufruit ?

L’usufruit est un droit réel qui permet à une personne d’utiliser un bien et d’en percevoir les revenus tout en respectant sa substance. Le mot combine deux notions latines : l’usus, c’est-à-dire l’usage du bien et le fructus, à savoir les fruits qu’il produit. Concrètement, l’usufruitier d’un appartement peut y vivre ou le mettre en location et en encaisser les loyers.

Ce droit résulte d’un mécanisme appelé démembrement de propriété. La pleine propriété se scinde en deux : d’un côté l’usufruit, de l’autre la nue-propriété. Deux personnes différentes détiennent alors des droits distincts sur un même bien. L’usufruit est défini aux articles 578 et suivants du Code civil, qui en fixent l’étendue et les limites.

L’usufruit est par nature temporaire. Il peut être viager, c’est-à-dire lié à la durée de vie de son titulaire, ce qui reste le cas le plus fréquent. Il peut aussi être temporaire à durée fixe lorsqu’il est consenti à une personne morale, sa durée étant alors plafonnée à trente ans.

L’usufruit peut naître de plusieurs façons. Il découle parfois de la loi, comme l’usufruit du conjoint survivant sur les biens du défunt. Il peut aussi résulter d’un testament, d’une donation ou d’un contrat, par exemple lorsqu’un parent transmet un bien tout en s’en réservant l’usage. Le point commun de toutes ces situations reste identique : l’usufruitier jouit du bien, le nu-propriétaire en conserve la propriété future.

Que peut faire l’usufruitier ?

L’usufruitier dispose de droits étendus sur le bien pendant toute la durée de l’usufruit. Il peut en tirer un usage personnel comme un revenu.

  • Habiter le bien. S’il s’agit d’un logement, l’usufruitier peut l’occuper à titre de résidence principale ou secondaire.
  • Louer le bien. Il a le droit de le mettre en location et de conclure un bail d’habitation. Pour un bail commercial ou rural, l’accord du nu-propriétaire est requis.
  • Percevoir les loyers. Les fruits du bien lui reviennent : loyers d’un immeuble, intérêts d’un capital ou dividendes de parts de société.
  • Céder son droit. L’usufruitier peut vendre ou donner son usufruit mais il ne transmet alors que ce qu’il détient et pour la durée restante.

Ces droits s’exercent dans une limite claire : l’usufruitier doit conserver la substance du bien. Il en jouit « en bon père de famille », selon la formule du Code civil, sans le dégrader ni en modifier la destination.

Un cas particulier mérite d’être signalé. Lorsque l’usufruit porte sur des biens qui se consomment par l’usage, comme une somme d’argent, on parle de quasi-usufruit. L’usufruitier peut alors utiliser le bien librement, à charge d’en restituer l’équivalent en nature ou en valeur à la fin de l’usufruit. Il en devient en pratique propriétaire le temps de son droit.

Que ne peut pas faire l’usufruitier ?

Le principal interdit est le suivant : l’usufruitier ne peut pas vendre le bien seul. Il n’est titulaire que de l’usage et des revenus, pas du droit de disposer. Une vente en pleine propriété suppose l’accord conjoint de l’usufruitier et du nu-propriétaire, chacun cédant la part de droit qu’il détient.

L’usufruitier ne peut pas davantage dénaturer le bien, le détruire ou changer son affectation sans l’accord du nu-propriétaire. Il ne peut pas non plus réclamer d’indemnité à la fin de l’usufruit pour les améliorations qu’il aurait apportées, même si elles ont augmenté la valeur du bien.

Enfin, avant d’entrer en jouissance, l’usufruitier doit en principe faire dresser un inventaire des biens meubles et un état des lieux de l’immeuble, en présence du nu-propriétaire. Cette formalité protège les deux parties au moment de la restitution.

Comment se répartissent les charges et les travaux ?

La répartition des dépenses entre usufruitier et nu-propriétaire suit une logique simple, posée par les articles 605 et 606 du Code civil. L’usufruitier assume l’entretien courant ; le nu-propriétaire prend en charge les grosses réparations qui touchent la structure du bâtiment.

Nature de la dépense À la charge de l’usufruitier À la charge du nu-propriétaire
Réparations d’entretien courant Oui Non
Gros murs et voûtes Non Oui
Rétablissement des poutres et couvertures entières Non Oui
Murs de soutènement et de clôture en entier Non Oui
Taxe foncière Oui Non
Charges courantes de copropriété Oui Non
Assurance et menues réparations Oui Non

La frontière se joue sur la nature des travaux. Les grosses réparations visées par l’article 606 concernent les gros murs, les voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures entières ainsi que les murs de soutènement et de clôture. Tout le reste relève de l’entretien à la charge de l’usufruitier. Une précision utile : si une grosse réparation devient nécessaire parce que l’usufruitier a négligé l’entretien courant, il peut alors en supporter le coût.

Comment prend fin l’usufruit ?

L’usufruit s’éteint dans plusieurs situations prévues par le Code civil. La plus courante est le décès de l’usufruitier lorsque l’usufruit est viager. À ce moment, la pleine propriété se reconstitue automatiquement au profit du nu-propriétaire, sans nouvelle formalité ni droits de succession à régler sur l’usufruit éteint.

  • Le décès de l’usufruitier, pour un usufruit viager.
  • L’arrivée du terme fixé, pour un usufruit à durée déterminée.
  • La réunion de l’usufruit et de la nue-propriété sur la même tête.
  • Le non-usage du droit pendant trente ans.
  • La renonciation de l’usufruitier à son droit.
  • La perte totale du bien sur lequel porte l’usufruit.

Au terme de l’usufruit, l’usufruitier ou ses héritiers doivent restituer le bien dans l’état où ils l’ont reçu, compte tenu de l’usure normale. L’inventaire dressé au départ sert alors de référence.

Quelle différence entre usufruit, nue-propriété et pleine propriété ?

Ces trois notions décrivent des situations juridiques différentes sur un même bien. Les distinguer évite bien des confusions.

  • La pleine propriété réunit tous les droits sur le bien : l’usage, les revenus et la disposition. Le propriétaire peut l’occuper, le louer et le vendre librement.
  • L’usufruit ne comprend que l’usage et les revenus. L’usufruitier habite le bien ou le loue et perçoit les loyers mais ne peut pas le vendre seul.
  • La nue-propriété correspond à la propriété « des murs » sans la jouissance. Le nu-propriétaire détient le droit de disposer du bien à terme mais il ne peut ni l’occuper ni en tirer de revenus tant que dure l’usufruit.

Additionnées, la nue-propriété et l’usufruit reforment la pleine propriété. C’est pourquoi, à l’extinction de l’usufruit, le nu-propriétaire retrouve automatiquement tous les droits sur le bien.

Le démembrement soulève des questions concrètes de fiscalité, de valorisation et de transmission qui dépassent la seule définition des droits. Chaque situation patrimoniale étant particulière, il reste prudent de faire le point avec un notaire avant de constituer ou de céder un usufruit.

Questions fréquentes sur l’usufruit

L’usufruitier paie-t-il la taxe foncière ?

Oui. La taxe foncière est considérée comme une charge liée à la jouissance du bien. Elle incombe donc à l’usufruitier et non au nu-propriétaire, au même titre que les charges courantes et l’entretien.

L’usufruitier peut-il louer le bien sans l’accord du nu-propriétaire ?

Pour un bail d’habitation, l’usufruitier peut louer seul et encaisser les loyers. En revanche, la conclusion d’un bail commercial ou rural requiert l’accord du nu-propriétaire, car ces baux engagent le bien sur le long terme.

Que se passe-t-il si l’usufruitier laisse le bien se dégrader ?

L’usufruitier est tenu de conserver le bien et d’en assurer l’entretien. S’il néglige cette obligation, il peut être tenu responsable des dégradations et supporter le coût des réparations rendues nécessaires par son défaut d’entretien.

L’usufruit peut-il se transmettre aux héritiers de l’usufruitier ?

Non lorsqu’il est viager. L’usufruit s’éteint au décès de son titulaire et ne se transmet pas à ses héritiers : la pleine propriété se reconstitue au profit du nu-propriétaire.

À retenir :

  • Avant d’entrer en jouissance, l’usufruitier doit faire dresser un inventaire des meubles et un état des lieux, en présence du nu-propriétaire.
  • L’usufruitier doit conserver la substance du bien : ni le dégrader, ni le détruire, ni changer sa destination sans l’accord du nu-propriétaire.
  • Un bail d’habitation peut être signé seul, mais un bail commercial ou rural exige l’accord du nu-propriétaire.
  • À la fin de l’usufruit, aucune indemnité pour améliorations ne peut être réclamée, même si elles ont augmenté la valeur du bien.